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Simone Veil I De l'horreur des camps à la Présidence du Parlement Européen I Partie 2

Simone Veil - Haute performance

Haute Performance retrace les trajectoires de figures d’exception. Retrouvez ici l’itinéraire bouleversant de Simone Veil, icône Européenne et militante des droits humains adulée à travers les âges.

Peu de trajectoires politiques épousent à ce point les soubresauts du XXe siècle et les conquêtes de la modernité. Survivante des camps de la mort à icône universelle, Simone Veil marque l’histoire par sa résilience forgée dans l’horreur en une force législative implacable. Dans cet article, nous retraçons le parcours extraordinaire de celle qui a changé la vie des Françaises et l’horizon de l’Europe : son combat pour la dignité des femmes, une ambition  européenne historique qui se clôturera sur son entrée triomphale au Panthéon, symbole d’une reconnaissance nationale ultime.

La loi Veil

Le 2 avril 1974, le président Georges Pompidou décède subitement. Valéry Giscard d’Estaing est, à 48 ans, élu président de la République. Pour réaliser son programme visant la modernisation de la France, il nomme un très jeune Premier ministre, Jacques Chirac. Le même jour, Simone Veil et son mari sont invités chez des amis ; au milieu du dîner, le téléphone sonne. C’est Jacques Chirac. La conversation est brève : le président souhaite davantage de femmes au gouvernement et aimerait qu’elle en fasse partie. Simone raccroche et rejoint les invités à table et ne dit mot. Ce n’est qu’une fois rentrée chez elle qu’elle se confie à son mari. Le couple en parlera toute la nuit. Ce sera un oui. Une fois nommée elle attire tous les regards, étant la seule femme parmi dix hommes aguerris au pouvoir, et se verra rapidement confier une mission de premier plan ; un projet de loi particulièrement controversé, mais cher au cœur du président : la légalisation de l’avortement en France. Au départ, cette proposition législative ne relève pas de la compétence du ministre de la Santé, mais du Garde des Sceaux Jean-Luc Hanouet, appartenant au courant démocrate-chrétien. On cite alors une autre ministre, la célèbre Françoise Giroux, secrétaire d’État chargée de la Condition Féminine.  Pour cette dernière, la question ne se pose pas. Elle pousse même de temps à autre des remarques, relayant Simone au rang de cousine de province. Très vite, entre les deux femmes, la tension est palpable. Mais les positions féministes de Françoise, sa personnalité explosive risquent de faire échouer le projet de loi : ce sera donc Simone Veil.

Simone, alors Ministre de la Santé aux côtés de Jacques Chirac

Le texte doit être rédigé rapidement. Elle constitue donc une équipe et mènera une véritable campagne de terrain avec les différents partenaires du projet.  Après six mois de débats, de rédaction et de négociations, le projet de loi et le discours sont enfin prêts. Une fois à la tribune, la ministre porte avec dignité la légalisation de l’IVG : « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme, je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes », un discours qui fera d’elle la personnalité politique la plus populaire de France, en plus d’avoir permis le vote de la loi qui porte son nom. Pourtant, personne ne la connaît vraiment. Elle décide subséquemment de rompre le silence, accompagnée d’une équipe de télévision. Ce jour-là, la ministre inaugure la construction d’un hôpital. Au moment de poser la première pierre, les autorités glissent un peu de ciment entre deux pierres : « Mais vous maniez très bien la truelle » dit le Préfet à Simone qui répond : “Vous savez, on fait ça en déportation. C’était mon travail.” La presse s’enflamme, au point où elle finit par accueillir les journalistes chez elle, dans sa maison de campagne en Normandie.

Simone à l’Assemblée Nationale. De son discours extraordinaire naîtra l’éternelle Loi Veil

Dans ce reportage, Simone Veil reste fidèle à l’image que les Français se font d’elle : une mère traditionnelle préparant le thé pour ses invités, incarnant l’ensemble des codes de la bourgeoisie, où elle s’étend sur sa vie personnelle, son enfance et surtout, la déportation.  “Pour survivre dans les camps, une certaine agressivité était nécessaire. Ceux qui étaient trop bons, qui se laissaient complètement dépouiller par les autres, ne pouvaient pas résister. Et je pense que, d’une certaine manière, Maman et Milou appartenaient peut-être un peu à cette catégorie. Il fallait encore savoir se défendre, car si l’on ne réagissait pas rapidement, la vie nous échappait. Et je crois que c’est peut-être là que je leur ai été utile. Parce que j’étais plus forte. » Ce jour-là, elle fait fondre les armures et touche encore davantage le cœur des Français qui l’érigent au rang d’icône. Son destin politique prendra une nouvelle dimension.

L’ascension vers le Parlement Européen

Pour la première fois, la présidence du Parlement européen est soumise au suffrage universel. Valérie Giscard d’Estaing demande à Simone de mener la liste UDF au nom de la majorité présidentielle. Elle accepte sans hésiter car pour elle, l’Europe, c’est la réconciliation. Elle ne veut pas rejeter l’Allemagne, faisant le distinguo entre Allemands et nazis, ce dont beaucoup sont incapables à cette époque. Des rencontres sont organisées à travers la France pour toucher les jeunes générations qui n’ont pas connu la guerre. Mais cette élection lui impose un autre défi : un débat télévisé avec les autres candidats de premier plan, figures emblématiques de la politique française qui, contrairement à elle, sont habitués à l’exercice. Ce soir-là, François Mitterrand, candidat socialiste, Georges Marchais, leader du Parti communiste, et Jacques Chirac, candidat du RPR et son ancien Premier ministre lui tiennent tête. Au milieu de ces ogres politiques, elle semble bien fragile, malgré sa notoriété et sa popularité. Les trois hommes sont parfaitement conscients de cette popularité, aussi, dès les premières minutes du débat, cherchent-ils à la déstabiliser.  Mais finalement, trois semaines après le débat, elle remporte l’élection haut la main, avec plus de 27 % des voix. C’est un succès retentissant. Simone Veil devient députée européenne, et Valéry Giscard d’Estaing nourrit de plus grandes ambitions pour elle ; il la voit à la présidence du Parlement européen et manifeste son soutien à sa candidature auprès de son homologue allemand, le chancelier Helmut Schmidt. Le 17 juillet 1979, Simone Weil devient la première femme présidente du Parlement européen, élue au suffrage universel, grâce au soutien des députés allemands. Un moment extrêmement fort pour elle qui croit en la capacité de l’Europe à réconcilier les peuples et à éviter une nouvelle guerre. Mais ces espoirs seront rapidement anéantis par un phénomène inattendu : le retour de l’antisémitisme en France. Un attentat raciste odieux a été perpétré en fin d’après-midi à Paris contre une synagogue de la rue Copernic, dans le 16e arrondissement. Ce 3 octobre 1980, une bombe explose en plein cœur de Paris, faisant quatre morts et une quarantaine de blessés. Des milliers de personnes se rassemblent spontanément devant la synagogue. À l’intérieur, les familles des victimes se recueillent ; au premier rang, Simone Veil. En tant que présidente de l’Union européenne, elle souhaite donner l’exemple et marquer les esprits. L’attentat de la rue Copernic n’est pourtant que le début d’une série d’attaques antisémites meurtrières. Quelques années plus tard, un autre phénomène apparaît en France : le négationnisme. Certains commencent à remettre en question l’existence même des camps de concentration, et parmi eux, le président du Front national, Jean-Marie Le Pen. « Je ne crois pas que les chambres à gaz n’aient pas existé. Je n’en ai moi-même vu aucune, je n’ai pas étudié la question en détail. »

Simone multiplie ses interventions. Mais la seule conséquence de ces discours, ce sont des attaques personnelles de plus en plus virulentes. La plus violente vient de Claude Autanlara, eurodéputé du Front national, qui accuse Simone Veil de se victimiser. Quelques jours avant le 60e anniversaire de la libération des camps, un journaliste propose à Simone de retourner sur les traces de son passé à Auschwitz. Elle accepte, mais à une condition : pouvoir emmener ses enfants et petits-enfants. Le 22 décembre 2004, elle est donc de retour à Auschwitz, entourée de ses proches. 

Le retour à Auschwitz 

Le dernier hommage

Simone Veil quitte la politique au début des années 2000.En 2009, elle est décorée de la Légion d’honneur, mais c’est une autre distinction qui la touchera profondément. Ce jour-là, le 18 mars 2010, Simone Veil, à 82 ans, fait son entrée sous la coupole de l’Académie française. Elle est si populaire que la cérémonie est retransmise en direct à la télévision. L’Assemblée compte deux autres présidents, Nicolas Sarkozy, en exercice, et son prédécesseur, Jacques Chirac. C’est la République venue saluer une femme qui compte.

 Après avoir traversé près d’un siècle d’histoire , elle décide de ne plus s’exprimer publiquement depuis le décès de son époux Antoine en avril 2013 et s’éteindra à son tour Le 30 juin 2017, à l’âge de 89 ans. Sa disparition suscite une profonde émotion nationale et internationale, tant elle avait su imposer le respect, bien au-delà des clivages partisans.  Une pluie d’hommages s’abat sur les réseaux sociaux, les institutions et la presse mondiale. Emmanuel Macron salue “une femme qui a illuminé la République”, tandis que les Nations unies, le Parlement européen, Angela Merkel ou encore Justin Trudeau expriment leur reconnaissance à celle qui porta si haut les valeurs d’humanité, d’égalité et de justice. Dans un geste rare, le Président de la République annonce son entrée au Panthéon, aux côtés de son époux Antoine Veil, consacrant ainsi une vie d’engagement hors du commun. Son nom reste à jamais lié à la loi dépénalisant l’avortement, votée en 1975 malgré une opposition féroce. Au-delà du combat féministe, elle incarne la mémoire vivante de la Shoah, ayant toujours rappelé l’impératif de transmission pour que nul n’oublie. Ainsi s’achève le récit de vie d’une étoile sobre et lumineuse dont la voix continue de guider ceux qui refusent l’indifférence, la haine et l’oubli. 

Cérémonie d’entrée de Simone et son mari au Panthéon

 

Capteur de lumière et d’époque, Cédric MOUTIT est Fondateur de NGANDÉLÉ, Agence de Communication Luxe et Premium ainsi qu’une Maison de Mode. De sa passion pour le développement personnel jaillit « Haute Performance », pensé précisément pour reprendre le pouvoir sur nos rêves, nos projets et notre potentiel.

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