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Simone Veil | De l’horreur des camps à la Présidence du Parlement Européen | Partie 1

Simone Veil - Haute performance

Haute Performance retrace les trajectoires de figures d’exception. Retrouvez ici l’itinéraire bouleversant de Simone Veil, icône Européenne et militante des droits humains adulée à travers les âges.

C’est au cœur de l’hémicycle de l’Assemblée nationale Française que le monde découvre Simone Veil en 1974. Vêtue d’une robe bleu foncé à manches longues, elle avance vers le pupitre, préparée à affronter la majeure. Elle prend place, les mains à plat, et lit son discours. Pour obtenir le soutien de l’Assemblée, la ministre de la santé cherche à éviter le débat moral, présentant l’avortement comme un problème de santé publique. Après trois jours d’échanges ardus, Jacques Chirac, alors Premier Ministre et chef de la majorité se signe une apparition à l’assemblée pour soutenir le projet : la loi est adoptée à 284 voix contre 189. Malgré la virulence de ses détracteurs, Simone Veil parvient à rallier toute l’opposition et un tiers de la majorité. Une belle réussite pour cette juive qui a connu l’enfer d’Auschwitz à l’âge de 16 ans. Son indépendance, son caractère, sa soif de liberté, elle les a puisés dans son histoire personnelle, qui est aussi la nôtre. Voici donc le chapitre dédié à son histoire.

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Une enfance niçoise meurtrie 

En 1930, la petite Simone Jacob découvre avec étonnement sa nouvelle chambre à Nice, qu’elle doit désormais partager avec ses sœurs aînées, Madeleine et Denise. La veille encore, la famille vivait dans un vaste appartement du centre-ville. Son père, André, architecte parisien venu tenter sa chance sur la Côte d’Azur avec sa femme et leurs quatre enfants, vient de subir une faillite brutale après plusieurs années prospères. Écoutant souvent en cachette les conversations parentales, la fillette prend conscience des difficultés financières de sa famille. Yvonne, sa mère qui a fait de brillantes études de chimie, pourrait pourtant trouver un emploi pour soulager le foyer. Mais André décline catégoriquement, fidèle aux préjugés bourgeois du XXe siècle. Profondément déçue et assujettie à cette autorité maritale, Yvonne refuse néanmoins que sa fille subisse le même sort.
 
Pour éviter à sa fille la dépendance financière, Yvonne encourage vivement la jeune Simone à étudier afin qu’elle puisse un jour voler de ses propres ailes. L’adolescente intègre parfaitement ce message d’autonomie et poursuit une scolarité exemplaire, se destinant naturellement vers l’enseignement supérieur. Pour Simone, l’instruction devient le tremplin vers une liberté que sa mère n’a jamais pu conquérir. Cependant, ce parcours brillant s’apprête à être violemment interrompu. En juin 1940, alors que la guerre frappe la France, son ciel déjà assombri par les soucis familiaux se parsemé progressivement de ténèbres. Les persécutions à venir et l’occupation vont faire basculer le cours de son histoire pour toujours, transformant le destin de la future Simone Veil en une tragédie historique, avant qu’elle ne devienne une figure majeure de la République.
 

Image d’Épingle Story Photo de Simone la plus jeune, aux côtés de ses frères Denise l’aînée, suivie de Milou et Jean.

La traque antisémite et la lucidité d’une enfant

Après l’armistice de 1940 et la division de la France, l’inquiétude grandit chez les milliers de Juifs réfugiés en zone libre. Entre octobre 1940 et juin 1941, le gouvernement de Vichy promulgue une série de lois antisémites visant à exclure les Juifs de la société. Du jour au lendemain, André Jacob perd le droit d’exercer son métier d’architecte. Pourtant, comme beaucoup, il peine à mesurer la gravité de la menace. Lorsque la préfecture exige le recensement des Juifs, il s’exécute promptement pour déclarer toute sa famille. Seule la jeune Simone, faisant preuve d’une précocité et d’une lucidité rares pour son âge, tente vainement de l’en dissuader. Désormais fichés par l’administration, les cinq membres de la famille Jacob basculent dans le piège, ignorant qu’Hitler prépare l’assaut final.

Le répit prend fin avec l’arrivée d’une milice armée menée par Alois Brunner. Installée à l’hôtel Excelsior de Nice, la Gestapo transforme la ville en terrain de traque méthodique des réfugiés juifs. Le mal s’infiltre partout, jusqu’au lycée de Simone. Après l’arrestation de deux camarades, le proviseur se voit contraint de lancer aux élèves juifs un avertissement glacial : « Ne venez plus à l’école. » Privée d’instruction et directement traquée, l’adolescente voit son quotidien basculer dans la terreur. Confronté à ce péril désormais imminent et palpable, André Jacob sort enfin de son aveuglement. Le père de famille comprend brusquement qu’il doit tout mettre en œuvre pour cacher et protéger les siens avant qu’il ne soit trop tard.

L’hôtel Excelsior, où logeait la Gestapo

Réussite du baccalauréat au piège de la Gestapo

 
Face à l’urgence, la famille Jacob se procure de fausses cartes au nom de Jacquier et se disperse. Simone est cachée chez des enseignants, mais refuse de renoncer au baccalauréat. Prenant un risque immense, elle passe l’examen sous sa véritable identité. Le diplôme en poche, la lycéenne célèbre l’événement avec ses camarades dans les ruelles de Nice. C’est alors qu’une patrouille allemande les intercepte. Simone présente ses papiers « Jacquier », mais la Gestapo, ayant déjà identifié le cachet du faussaire, démasque la fraude. Relâché pour servir d’appât inconscient, son ami prévient ses proches. En quelques jours, Yvonne, Milou, André et Jean sont tous arrêtés. Simone et sa famille sont envoyées au camp de Drancy. Les conditions de vie y sont déplorables, et les rumeurs parlent de simples camps de travail en Allemagne, masquant la terrible réalité de la déportation imminente.
 
À Drancy, le père de Simone pressent la tragédie : « Tu reviendras, mais moi, je ne reviendrai pas. » Voulant protéger son frère Jean, Simone l’encourage à se porter volontaire pour travailler en France, sans savoir que c’est la dernière fois qu’elle le voit. Une semaine après leur arrivée, Simone, sa mère et sa sœur quittent le camp pour la gare de Bobigny. Elles sont entassées avec plus de soixante personnes dans un wagon à bestiaux du convoi 71. Sans arrêt, pendant deux jours et demi d’un trajet inhumain marqué par la promiscuité, le train traverse l’Europe. Le soir du 15 avril 1944, le convoi s’immobilise enfin en Pologne, devant les portes de l’enfer : le camp d’Auschwitz-Birkenau. L’une des pages les plus sombres de l’Histoire s’ouvre alors pour la jeune fille.
 

Photo des wagons à bestiaux, où les Juifs étaient entassés, on parle de soixante personnes 

L’horreur d’Auschwitz

Image sinistre d’un camp de concentration

À la descente des wagons, le chaos règne : hurlements, aboiements et ordres fulgurants. Souffrant des pieds, Simone s’apprête à monter dans un camion lorsqu’un compagnon l’en dissuade. Ce choix instinctif lui sauve la vie. Sur la rampe, les hommes sont séparés des femmes. Écoutant une intuition vitale, l’adolescente prétend avoir dix-huit ans. Sa beauté altière et sa maturité convainquent les gardes : elle échappe à la sélection immédiate et reste avec sa mère et sa sœur. Têtes rasées, elles intègrent le camp. Simone devient le matricule 78 651, effaçant son identité. Rapidement, une gardienne révèle l’effroyable vérité : ceux montés dans les camions ont été gazés puis brûlés dans les crématoriums, dont l’odeur fétide surplombe le camp. Comprenant que l’inaptitude au travail signifie la mort, Simone puise dans une volonté farouche la force de survivre.
 
Travaillant sans relâche sous la menace constante de la mort, Simone marque l’esprit d’une cheffe de camp. Touchée par sa prestance, cette dernière lui lance : « Tu es trop belle pour mourir », proposant de la transférer dans un commando moins rigoureux. Au péril de sa vie, la jeune fille refuse de partir seule et exige d’emmener sa mère et sa sœur. Contre toute attente, la directrice accepte. Après trois mois, les trois femmes rejoignent le camp annexe de Bobrek, obtenant un répit relatif. Mais ce soulagement demeure précaire face à l’étau de la guerre qui se resserre. En janvier 1945, l’avancée inexorable des troupes soviétiques provoque la panique chez les nazis. Les SS décident alors d’évacuer précipitamment Auschwitz et ses environs, jetant les déportés survivants dans l’enfer de la marche de la mort.

 

Photo d’un crématorium, prise en 1945

 

La marche de la mort et renaissance d’une destinée

En janvier 1945, face à l’avancée soviétique, les SS précipitent l’évacuation d’Auschwitz pour effacer les traces de leurs crimes. Près de 40 000 déportés sont jetés sur les routes par moins 30 degrés : c’est la tragique « Marche de la mort ». Sans vêtements chauds, les prisonniers doivent parcourir 70 kilomètres à pied. Simone et sa sœur Milou soutiennent épuisamment leur mère, Yvonne, gravement diminuée. Après ce périple atroce suivi d’un trajet en train, les survivants arrivent au camp de Bergen-Belsen. Ravagé par le typhus, le camp devient un foyer d’épidémie meurtrière. Contaminée, Yvonne s’éteint le 15 mars 1945. À son retour du travail obligatoire, Simone découvre avec douleur que le corps de sa mère a déjà été emporté. Quelques jours plus tard, les troupes alliées libèrent le camp. Au milieu de la désolation et des cadavres, Simone et Milou tiennent bon, prêtes pour le retour.
 
De retour en France le 23 mai 1945, Simone et Milou comptent parmi les rares 2 500 survivants sur les 75 000 Juifs français déportés. À l’hôtel Lutetia, le bilan familial s’avère dévastateur : leur père André et leur frère Jean, envoyés par le convoi 73, ne reviendront jamais. Leurs corps ne seront jamais identifiés. Seule leur sœur aînée Denise, résistante déportée à Ravensbrück, a également survécu. Profondément démunie et orpheline de ses parents, la jeune Simone fait preuve d’une résilience remarquable. Déterminée à reconstruire sa vie brisée, elle voit son baccalauréat validé et s’inscrit sans attendre à l’université. Elle entame simultanément des études ambitieuses en Droit et à Sciences Politiques. C’est durant cette période qu’elle se rapproche d’un autre étudiant, Antoine Veil, amorçant ainsi la reconstruction de son existence après l’enfer des camps.

 

 

Évacuation des prisonniers après leur libération. Ils meurent visiblement de faim

Et Simone devint Simone Veil

Photo de jeunesse de Simone et Antoine Veil

Huit mois après leur rencontre, le 26 octobre 1946, Simone épouse Antoine Veil et devient Simone Veil. Au sein de cette famille juive et laïque, elle poursuit ses études tout en concrétisant son désir de maternité. En novembre 1947, elle donne naissance à Jean, nommé en hommage à son frère disparu, puis à Nicolas un an plus tard. Lorsque son époux est nommé au consulat de France en Allemagne, la destination ravive d’immenses blessures, mais la venue de sa sœur Milou à l’été 1952 apporte une bouffée de bonheur. Les deux sœurs profitent de moments précieux avec le nouveau-né de Milou, le petit Luc. Hélas, la joie vole brutalement en éclats. Sur le chemin du retour vers la France, un terrible accident de voiture coûte la vie à Milou et son bébé. Pour Simone, ce deuil tragique fait de nouveau basculer son univers dans le chaos.
 
Quelques mois après ce drame, la famille quitte l’Allemagne pour rentrer en France, où Antoine est admis à l’École nationale d’administration. Alors qu’elle donne naissance à son troisième fils, Pierre-François, Simone refuse de se cantonner au rôle de mère au foyer. Fidèle à ses ambitions de jeunesse, la jeune femme exprime la volonté de s’insérer dans le monde du travail. Elle se heurte d’abord au refus catégorique de son époux, qui lui lance : « Tu ne travailleras pas. » Mais Simone n’a rien oublié des regrets de sa propre mère, Yvonne, sacrifiée sur l’autel des conventions bourgeoises. Refusant de subir le même sort et de renoncer à son autonomie financière, elle s’obstine avec une détermination sans faille. Face à cette résolution inébranlable, Antoine finit par céder, lui ouvrant la voie vers une brillante carrière.

Simone, son mari et deux de leurs enfants

De la magistrature à la scène nationale

Devenue magistrate, une profession alors très peu investie par les femmes, Simone Veil se voit confier la gestion poignante du dossier des détenues algériennes incarcérées en France. Indignée par leurs conditions de détention abominables et l’accès limité à l’hygiène qui lui rappellent douloureusement les camps de concentration, elle se bat sans relâche pour humaniser leur sort. Durant sept ans, elle arpente méthodiquement les prisons françaises, démontrant un engagement et une fermeté exemplaires. Ses compétences exceptionnelles lui permettent d’accéder au poste prestigieux de secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Parallèlement, elle devient conseillère municipale à Paris aux côtés de son époux, avec qui elle mène une vie mondaine intense mais discrète. Pourtant, en coulisses, l’empreinte professionnelle de Simone Veil s’impose de plus en plus profondément dans l’appareil d’État, préfigurant un destin public et politique hors du commun que personne n’anticipait encore à cette époque.
 
En janvier 1973, un magazine féminin enquête sur la place des femmes en politique et cherche une figure de caractère pour incarner une Première ministre fictive. Les journalistes découvrent le nom de Simone Veil, séduits par son expérience d’exception. Le 1er février 1973, elle apparaît ainsi en image aux côtés du président Georges Pompidou à la tête d’un gouvernement imaginaire. Cette publication suscite l’amusement dans les dîners parisiens, où Simone reste perçue comme la simple et charmante épouse du haut fonctionnaire Antoine Veil. Personne ne lui prête alors la moindre vocation politique officielle. Pourtant, cet épisode prémonitoire met brillamment en lumière une véritable femme d’État en devenir. Alors que la haute société la cantonne encore à sa vie mondaine, un événement totalement inattendu va rapidement bouleverser tous les pronostics et propulser définitivement Simone Veil au premier plan de la scène politique nationale.
 

À suivre…

Capteur de lumière et d’époque, Cédric MOUTIT est Fondateur de NGANDÉLÉ, Agence de Communication Luxe et Premium ainsi qu’une Maison de Mode. De sa passion pour le développement personnel jaillit « Haute Performance », pensé précisément pour reprendre le pouvoir sur nos rêves, nos projets et notre potentiel.

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